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Publié : 21 mars
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De Rouen à Cleveland, le rêve NBA de collégiens va devenir réalité

Le 9 avril prochain, les collégiens d’Edouard Branly, établissement situé à Grand-Quevilly dans la banlieue de Rouen (Seine-Maritime), ont rendez-vous avec la Quicken Loans Arena, où ils verront les Cavs et les Hornets s’affronter.

Source : basketusa.com

« No French ! If they use it, they lose the ball ! » On leur rappelle la consigne mais les jeunes sont déjà au fait : à chaque session hebdomadaire de basket, ils doivent laisser leur langue natale au vestiaire sous peine d’être « sanctionnés » au moindre écart linguistique. Balle en main, autant jouer au maximum la carte de l’anglais qui leur sera essentielle d’ici quelques semaines, au moment de décoller pour Cleveland. Car le 9 avril prochain, ces collégiens d’Edouard Branly, établissement situé à Grand-Quevilly dans la banlieue de Rouen (Seine-Maritime), ont rendez-vous avec la Quicken Loans Arena, où ils verront les Cavs et les Hornets s’affronter.

Cette virée américaine est le fruit d’un projet éducatif d’ampleur lancé dix ans plus tôt. Avec, en premier lieu, la « simple » envie d’ouvrir les élèves au monde anglophone, particulièrement sur les États-Unis, via la pratique du basket en anglais. Année après année, ce programme, jugé particulièrement innovant par l’Éducation nationale, prend de l’ampleur. Au point qu’au milieu de l’année dernière, les enseignants tiquent au moment où la ville de Rouen fête des 10 ans de jumelage avec la ville de Cleveland. « Chiche, allons-y ! », se dit Eric Ottaviano, le professeur d’EPS bilingue certifié qui assure les entraînements dans la langue de Shakespeare.

Le voyage ? Deux semaines sur place, dans l’Ohio, avec visites de musée, opéra, randonnées en réserves naturelles, visite de Cleveland… et bien sûr ce match NBA en point d’orgue. Pour s’y inviter, la vingtaine d’élèves de 3e concernés, autant de garçons que de filles, ont dû postuler : entretien en français et en anglais devant un jury de cinq profs pour expliquer leurs motivations. Une expérience déjà très stressante pour la plupart d’entre eux. Certains sont d’abord là pour le basket alors que la pratique de l’anglais prime chez d’autres. Mais la combinaison des deux s’impose à tous.

Un entretien en anglais
Ce mercredi-là, ces basketteurs en herbe, pour certains licenciés en club, d’autres débutants, peuvent compter sur un invité de marque : Jamar Diggs. Cet Américain de 30 ans, qui a embrassé une carrière européenne après sa non-sélection à la Draft 2011, est le meneur titulaire du Rouen Métropole Basket (RMB), l’ancienne équipe de Guerschon Yabusele. Le club, dont l’équipe fanion évolue en Pro B, est partenaire du projet depuis des années. Les Américains de l’équipe sont invités à intervenir auprès des jeunes plusieurs fois par an tandis que David Dubosc, le directeur du Centre de formation du club, s’y rend lui tous les 15 jours.

Sur le parquet du gymnase quasi neuf du collège, Jamar Diggs se prête au jeu, distille quelques tuyaux et termine la séance par une série de questions/réponses lancée par les élèves. En anglais toujours.

« J’aurais adoré connaître ce genre d’expérience lorsque j’étais à l’école », lâche l’Américain originaire de Minneapolis, qui se dit en contact avec des joueurs NBA, dont le Wolf Tyus Jones. « Et pour ces gamins, assister à un match NBA, ce doit être quelque chose d’incroyable ! »

Les « Normands » de la NBA : Ian Mahinmi, Tony Parker, Nicolas Batum…
Ça l’est. Même si, lorsque le projet leur a été présenté, en mai 2018, ils s’imaginaient bien sûr voir une toute autre équipe des Cavs… « J’étais un peu dégoûtée quand j’ai appris la nouvelle », avoue Mélina, 15 ans, en short des Lakers, qui fait référence au départ de LeBron James à Los Angeles l’été dernier. « Je suis fan de lui depuis que j’ai démarré le basket, il y a six ans. Maintenant, je suis les Lakers. C’est dommage mais ça reste un rêve. »

« C’est une chance énorme », complète de son côté Ismaël, vers qui les hommes du RMB multiplient les regards. À 16 ans et déjà 1m93, l’adolescent ne passe pas inaperçu avec son physique plus imposant que les autres. Six mois plus tôt, ce dernier arpentait encore les terrains du Bénin où il s’est fait remarquer en participant à un camp organisé par Ian Mahinmi.

Depuis, le géant a été rattaché au Centre de formation rouennais et le pivot des Wizards, né à Rouen, est devenu son parrain. La belle histoire va donc se poursuivre pour Ismaël, avec un premier voyage américain pour toucher du doigt son objectif : « Jouer aux États-Unis un jour. » D’ici là, lui et les autres espèrent pouvoir approcher les deux Français attendus sur le parquet de Cleveland, Tony Parker et Nicolas Batum.

Pour l’heure, le contact n’est toujours pas établi avec les deux Hornets, passés tous les deux par la Normandie dans leur enfance.

Un collège situé en ZEP pendant près de 30 ans
Une expérience unique attend dans tous les cas ces jeunes qui, pour la plupart, n’ont quasiment jamais voyagé de leur vie. « Certains n’ont même jamais quitté Grand-Quevilly pour ne serait-ce qu’aller dans le centre de Rouen », va jusqu’à dire Eric Ottaviano. « C’est ambitieux mais on veut les faire sortir de leur zone de confort. » Bien que le collège soit récemment sorti du dispositif « Zone d’éducation prioritaire », dans lequel il évoluait depuis 1988, la majorité des 500 élèves sont issues de catégories socioprofessionnelles défavorisées. « Environ 80% », évalue le prof.

« Clairement, moi, je ne pouvais pas lui offrir ce voyage », confie Frida, la maman de Zachari. « Ce projet est positif à tous les niveaux. D’autant qu’il n’est pas réservé aux bons élèves. Mon fils est dyslexique donc ce n’est pas toujours simple… Ce sera son premier séjour à l’étranger. C’est valorisant pour lui et le collège car cela représente un investissement personnel pour eux. »

En plus d’heures de cours supplémentaires, les jeunes mènent plusieurs actions (marché de Noël, vente de gâteaux et de t-shirts…) pour alimenter un budget total d’environ 37 000 euros, dont parents, Département et ambassade américaine sont les principaux pourvoyeurs (une cagnotte Leetchi est également en ligne). C’est le prix à payer pour goûter un peu au rêve américain. Logés sur place dans des familles locales, ces collégiens vont faire un grand écart tant linguistique que social. Ils auront par exemple accès à l’école privée Gilmour Academy, située non loin de Cleveland, dont les équipements sportifs sont démesurés. « À l’américaine ! », en sourient les enseignants.

« Ça va être un truc de malade ! », termine hyper enthousiasmée, Mélina, impatiente d’y être.

Pour les suivre sur Facebook, c’est ici, et ça peut donner des idées à d’autres établissements dans le cadre de projets éducatifs.